1766. — On signale à cette époque l'établissement d'une société à La Flèche sous la dénomination de Francs-Craqueurs. Leur principe était qu'une douce erreur était préférable â la dure vérité.
Elle avait été constituée par un étranger, qui prétendait avoir existé plusieurs siècles, et, doué d'une remarquable mémoire, citait des anecdotes locales que l'on se rappelait avec le plus grand étonnement. Il réunit donc plusieurs adeptes et, après, disparut sans qu'on sût ce qu'il était devenu.
L'un de ses adeptes s'occupait d'archéologie et découvrit chez un particulier, parmi des masures, une inscription paraissant dater du XV° siècle.
La pierre sur laquelle elle était inscrite était longue de deux pieds ; une sorte d'encadrement la bordait, et au milieu étaient les lettres romaines suivantes et dans cet ordre :
I C
I E S
T L
E
C H
E M I
N D
E S A
N E
S
On adressa telle qu'elle la copie de cette inscription à tous les savants du pays et même à l'Académie.... Elle resta inexpliquée pour tous.
Enfin, un nommé Leroi, tanneur, surnommé le Cocasseur, à cause du bégaiement dont il était affecté , vint chez l'habitant de La Flèche qui avait découvert cette pierre. Comme pour plaisanter, celui-ci proposa au tanneur de lire cette fameuse inscription. Le tanneur se met à l'œuvre, et en disjoignant ces lettres tout différemment que n'aurait fait un homme qui lit couramment , prononce :
I C I
EST
L E
CHEMIN
DES
ANES
L'oreille de l'antiquaire saisit cette prononciation et trouva que le cocasseur était l'Œdipe cherché.
Ce fut bientôt le bruit de toute la ville.